Qu’est-ce qu’une génoise ?
Une génoise est une corniche formée de rangs superposés de tuiles canal maçonnées en encorbellement, au sommet d’une façade, sous l’égout de la toiture. Chaque rang déborde du rang inférieur, ce qui éloigne progressivement la ligne d’égout du parement du mur.
Sa fonction est hydraulique avant d’être décorative. L’eau qui descend du versant est rejetée à distance de la façade, au lieu de ruisseler sur l’enduit et de charger la tête de mur. Dans un département où les épisodes méditerranéens dépassent 200 mm en une seule journée, ce décalage de quelques dizaines de centimètres protège directement la maçonnerie.
La génoise supporte aussi la rive basse de la couverture. Elle est donc solidaire du reste de la toiture : on ne peut pas la traiter comme un ornement de façade indépendant. Elle appartient au même appareillage que les couvertures du bâti languedocien, en tuile canal de terre cuite.
Définition
L’encorbellement désigne le porte-à-faux d’un ouvrage maçonné par rapport au nu du mur qui le porte. Dans une génoise, chaque rang de tuiles est en encorbellement sur le précédent, et l’ensemble est ancré dans la tête de mur par le mortier et par le poids de la maçonnerie supérieure.
Deux rangs, trois rangs : ce que le nombre de rangs signifie
Le nombre de rangs d’une génoise détermine son débord total : deux rangs rejettent l’eau moins loin du mur que trois rangs. Deux et trois rangs sont les configurations les plus répandues dans les villages du Gard, sur les maisons mitoyennes comme sur les mas isolés.
Le nombre de rangs a aussi une valeur d’usage social. Les façades les plus cossues des centres anciens portent les génoises les plus développées, celles des dépendances et des annexes se limitent souvent à un rang unique. Cette hiérarchie se lit encore aujourd’hui dans une rue de village, façade par façade.
Conséquence pratique : une génoise se refait avec le nombre de rangs d’origine. Le relevé se fait avant toute dépose, sur la partie encore saine, et il porte sur le nombre de rangs, le débord de chacun, le calepinage des tuiles et la teinte du mortier apparent. Ajouter un rang change la silhouette de la façade et sort de la réfection à l’identique.
Pourquoi une génoise se dégrade
Une génoise se dégrade rarement d’elle-même : elle subit ce qui se passe au-dessus d’elle, dans la couverture et dans les évacuations. C’est le point bas de la toiture et le point haut de la façade, donc le point de concentration de l’eau.
Les causes que nous rencontrons le plus souvent dans les villages de la vallée du Gardon tiennent en quelques mécanismes.
- Une gouttière ou un chéneau saturé qui déborde et arrose la corniche à chaque forte pluie.
- Une rive d’égout descellée qui laisse l’eau passer derrière la génoise au lieu de devant.
- Une reprise ancienne au ciment rigide sur une maçonnerie qui travaille, qui se fissure puis retient l’eau.
- De la végétation ou des nids installés entre les rangs, qui écartent les tuiles.
- Le vent en rive, qui attaque les tuiles les moins ancrées de l’ouvrage.
Le calendrier local aggrave le phénomène. Météo-France recense 3 à 6 épisodes méditerranéens par an sur les départements méditerranéens, concentrés de septembre à mi-décembre, avec des cumuls qui peuvent dépasser 200 mm en une journée. Une génoise fatiguée tient l’été et lâche en octobre. Le dimensionnement et l’état des chéneaux et corniches se contrôlent donc avant l’automne.
3 à 6
épisodes méditerranéens par an, de septembre à mi-décembre
Source : Météo-France
Reprendre ou refaire une génoise au modèle
Une génoise se reprend quand la tête de mur est saine et la dégradation localisée ; elle se refait au modèle quand l’encorbellement a bougé ou quand la maçonnerie porteuse est atteinte. Le diagnostic se fait après sondage, jamais depuis la rue seule.
La reprise ponctuelle consiste à déposer les tuiles descellées, à purger le mortier dégradé, à rejointoyer et à reposer les mêmes tuiles. Elle suppose de récupérer les éléments d’origine, ce qui renvoie directement à la question du tri et de la qualité des tuiles anciennes, traitée dans les tuiles de réemploi.
La réfection au modèle suit une séquence stable.
- Relevé de l’existant : nombre de rangs, débord, calepinage, teinte, photographies avant dépose.
- Montage de l’échafaudage et protection de la façade et du sol.
- Dépose sélective des rangs, tri des tuiles récupérables et mise en réserve.
- Purge et reprise de la tête de mur, avec un mortier compatible avec le support ancien.
- Remontage rang par rang, chaque rang en encorbellement sur le précédent.
- Raccordement de la rive d’égout de la couverture et repose des évacuations.
Une réfection à l’identique n’est en principe pas soumise à déclaration préalable, mais les PLU durcissent fréquemment la règle et cette dispense ne s’applique pas en secteur protégé. La déclaration préalable est obligatoire dès qu’il y a modification de l’aspect extérieur, avec une instruction de 1 mois en cas général. Source : service-public.gouv.fr, fiche F17578.
Ce qui fait le coût d’une génoise, au mètre linéaire
Une génoise se chiffre au mètre linéaire de façade, jamais au mètre carré de toiture, et toujours après visite. C’est un ouvrage de main-d’œuvre : la fourniture de tuiles y pèse beaucoup moins que le temps passé et que l’accès.
Six facteurs font l’écart entre deux chantiers de génoise à longueur égale.
- Le nombre de rangs à remonter, qui multiplie le temps de pose et la quantité de tuiles.
- L’accès et l’échafaudage, particulièrement en façade sur rue, avec autorisation de voirie à obtenir.
- L’état de la tête de mur, découvert seulement après dépose.
- La disponibilité de tuiles anciennes compatibles, en teinte et en format.
- La dépose et la repose des gouttières, descentes et rives d’égout.
- La coordination avec la couverture, si le versant est repris en même temps.
Ce dernier point est le principal levier d’économie. Refaire la génoise pendant la réfection du versant évite un second montage d’échafaudage et une seconde immobilisation de la façade. Traitée isolément, la même génoise supporte seule tout le coût d’installation de chantier.
Sur le plan fiscal, une réfection de couverture sans isolation relève du taux de TVA de 10 %, contre 5,5 % pour l’isolation thermique de toiture, à condition que le logement soit achevé depuis plus de 2 ans. Le détail des taux figure sur service-public.gouv.fr. MJ Rénovation Toiture chiffre chaque génoise après relevé sur place, sans grille au mètre linéaire appliquée à l’aveugle.
Génoise et secteur protégé : ce qui est imposé
Dans les 18 communes du Gard classées en site patrimonial remarquable, la génoise fait partie des éléments que l’architecte des Bâtiments de France examine, au même titre que la teinte et le format des tuiles. L’instruction de la déclaration préalable y passe de 1 à 2 mois.
Uzès publie officiellement les prescriptions de son secteur sauvegardé, et elles sont explicites : les génoises y sont restaurées ou refaites au modèle. La couverture est prescrite en tuiles canal, si possible de réemploi, en teinte claire, ocre claire ou paille. Les tuiles mécaniques, les romanes-canal et les teintes rouge ou rosé sont interdites. Ces règles valent pour Uzès et pour elle seule : voir nos chantiers à Uzès.
Ailleurs dans le Gard et l’Hérault, les prescriptions varient d’une commune à l’autre et se lisent dans le règlement du PLU, en mairie, avant tout devis. L’Occitanie compte 133 sites patrimoniaux remarquables. Le déroulement d’un dossier soumis à avis est détaillé dans les travaux en secteur ABF.
À retenir
Une génoise se refait au modèle : même nombre de rangs, même débord, mêmes tuiles autant que possible. Elle se chiffre au mètre linéaire après visite, et se traite en même temps que le versant pour ne monter qu’une fois l’échafaudage. En secteur protégé, la restauration au modèle est explicitement prescrite à Uzès.
MJ Rénovation Toiture relève votre génoise rang par rang avant chiffrage : demandez une visite pour savoir si elle se reprend ou se refait.