Quelle tuile pour une maison du Gard ou de l’Hérault ?
Trois familles de couverture couvrent la quasi-totalité des toitures du Gard et de l’Hérault : la tuile canal, la tuile romane et les grands moules du Sud, toutes en terre cuite. Le reste relève de cas particuliers, de bâtiments annexes ou du bâti cévenol d’altitude.
Le comparatif « tuile contre ardoise contre zinc » publié par les sites nationaux ne correspond à aucune réalité de chantier ici. La question réelle, dans la plaine de Nîmes, dans l’Uzège ou autour du bassin de Thau, est plus étroite : canal ou romane, en neuf ou en réemploi, et sous quelles contraintes de pente. C’est ce que nous arbitrons chaque semaine en rénovation de toiture dans le Gard.
Quatre paramètres décident avant l’esthétique. Ils se vérifient sur place, avant de choisir un modèle de tuile.
- La pente du versant, mesurée en pourcentage, versant par versant.
- La longueur du rampant, dont la projection horizontale ne dépasse pas 12 m.
- La situation d’exposition du bâtiment au sens des DTU de couverture.
- Le règlement du PLU de la commune, et l’avis des Bâtiments de France en secteur protégé.
| Couverture | Bâti concerné | Ce qui la caractérise | Référentiel |
|---|---|---|---|
| Tuile canal | Mas, maisons de village, bâti ancien de plaine | Deux rangs croisés, courant et couvert | NF P 31-201-1 / NF DTU 40.22 |
| Tuile romane, grands moules du Sud | Pavillons, extensions, réfections courantes | Un seul élément à emboîtement, posé sur liteaux | NF DTU 40.21 |
| Tuile plate | Bâti cévenol, fortes pentes | Petit module, forte densité au m², pente élevée | DTU tuiles plates |
| Tuile béton | Constructions récentes hors secteur protégé | Teinte pigmentée, souvent refusée en centre ancien | NF DTU 40.21 |
| Zinc, bac acier | Annexes, appentis, bâtiments agricoles | Faible pente admissible, ouvrage soudé ou vissé | DTU zinguerie et couverture métallique |
La tuile canal : la couverture historique du Languedoc
La tuile canal est un élément tronconique en terre cuite posé en deux rangs croisés : les tuiles de courant, en creux, reçoivent l’eau, les tuiles de couvert, posées par-dessus, la renvoient dans le canal voisin. Ce principe s’applique du Rhône à l’Orb depuis des siècles.
Définition
Une couverture en tuile canal n’est pas une étanchéité. C’est un système de rejet d’eau par recouvrement croisé : l’eau ruisselle de tuile en tuile jusqu’à l’égout, sans jamais être arrêtée par une membrane. Le NF DTU 40.22 encadre les recouvrements et les fixations qui rendent ce rejet efficace.
Cette nature explique le rôle de l’écran de sous-toiture, qui constitue la seconde ligne de défense sous la couverture. Lorsqu’il est posé sous des tuiles à tenon sur liteaux, une lame d’air ventilée de 20 mm minimum doit être maintenue entre l’écran et les tuiles. Le DTU de référence pour ces écrans souples est le NF DTU 40.29.
La tuile canal se pose de trois manières différentes, et le choix n’est pas cosmétique : il change la tenue au vent, la durée du chantier et la facilité des reprises futures. Nous avons détaillé les trois modes de pose de la tuile canal dans un article dédié, avec ce que chacun implique.
La canal commande aussi la finition de rive du bâti de village. La génoise, cette corniche de tuiles canal en encorbellement qui court en haut des façades, se traite dans la même matière et le même appareillage que la couverture. Elle se restaure ou se refait au modèle : voir refaire une génoise.
La tuile romane et les grands moules du Sud
La tuile romane et les grands moules du Sud reproduisent l’ondulation de la tuile canal en un seul élément à emboîtement, posé sur liteaux et relevant du NF DTU 40.21. Un couvert et un courant sont moulés d’une pièce, ce qui réduit le nombre de tuiles à poser au mètre carré.
Le gain est d’abord un gain de main-d’œuvre. L’emboîtement latéral guide la pose, le tenon accroche le liteau, la fixation mécanique est prévue par le produit. Sur une réfection complète de pavillon, cette famille de tuiles reste le choix courant hors secteur protégé, et elle accepte des teintes vieillies proches de l’aspect languedocien.
Le prix de ce gain est visuel. À moins de dix mètres, l’œil distingue la régularité d’un emboîtement de la ligne irrégulière d’une couverture en canal. C’est précisément ce que refusent certains règlements de centre ancien. Les deux rendus se comparent sur la page qui présente notre savoir-faire en tuile canal et romane.
La tuile plate, la tuile béton et les autres options
La tuile plate appartient au bâti cévenol et aux fortes pentes, pas à la plaine languedocienne. Au-dessus de 500 m d’altitude, les DTU de couverture placent la construction en zone 3 de concomitance vent-pluie, la plus sévère, où les pentes et les recouvrements exigés augmentent nettement.
Dans les Cévennes gardoises et les hauts cantons de l’Hérault, la tuile plate, l’ardoise et la lauze cohabitent avec des versants raides et des cumuls de pluie violents. Descendre ces matériaux en plaine n’a pas de sens technique, et l’inverse encore moins : une tuile canal montée à 700 m se retrouve hors de son domaine d’emploi courant.
La tuile béton, elle, se distingue par une teinte pigmentée en surface plutôt que par la masse colorée de la terre cuite. Elle reste possible sur une construction récente hors secteur protégé. La ville d’Uzès interdit explicitement les tuiles mécaniques dans son secteur sauvegardé, ce qui donne la mesure de l’accueil réservé aux matériaux industriels dans les centres anciens du Gard.
Le zinc et le bac acier : pour quels bâtiments ?
Le zinc et le bac acier trouvent leur place sur les annexes, les appentis, les extensions à faible pente et les bâtiments agricoles ou industriels, rarement sur le versant principal d’une maison ancienne du Gard. Leur atout est d’accepter des pentes que la terre cuite refuse.
Ces couvertures relèvent d’une autre logique : ce sont des ouvrages continus, soudés ou vissés, avec des dilatations à gérer et des points singuliers traités par le zingueur. Elles se combinent souvent avec la tuile sur un même bâtiment, une véranda ou un garage en bac acier prolongeant un versant en canal. Voir tous nos travaux de couverture pour les configurations mixtes.
Le bord de mer change la donne pour tous les matériaux. Les DTU de couverture classent en situation exposée le littoral sur une profondeur de 5 km. Du Grau-du-Roi à Agde, toute construction dans cette bande relève des dispositions les plus sévères de sa zone : pente et recouvrement les plus élevés, densité de fixation la plus forte. Le choix des fixations en atmosphère saline se traite alors avec les prescriptions du fabricant, produit par produit.
Pente, longueur de rampant et écran de sous-toiture : ce qui limite le choix
La pente minimale admissible d’une couverture en tuile ne se lit dans aucun tableau universel : elle dépend de la zone de concomitance vent-pluie, de la situation d’exposition, de la longueur du rampant et de la présence d’un écran de sous-toiture. Ces quatre paramètres se combinent, produit par produit.
Les DTU de couverture définissent trois zones de concomitance vent-pluie, distinctes du zonage de vent Eurocode et des zones climatiques H1, H2, H3 des certificats d’économie d’énergie. La zone 1 couvre l’intérieur du pays et la côte méditerranéenne en dessous de 200 m d’altitude. La zone 2 va de 200 à 500 m. La zone 3 commence au-dessus de 500 m.
Appliquée au Gard et à l’Hérault, cette définition place la plaine littorale et la basse plaine, de Nîmes à Béziers en passant par la Camargue et la Costière, en zone 1. Le piémont cévenol et les garrigues entre 200 et 500 m relèvent de la zone 2. Les Cévennes gardoises et les hauts cantons héraultais relèvent de la zone 3. Cette lecture découle de la définition des zones, elle ne constitue pas un classement officiel commune par commune.
La situation d’exposition se superpose à la zone. Une situation protégée correspond à un fond de cuvette abrité, une situation normale à une plaine ou un plateau, une situation exposée au littoral sur 5 km, aux vallées étroites qui canalisent le vent et aux sommets de falaise. Un mas exposé au mistral dans une vallée resserrée du Gard rhodanien n’est pas dans la même case qu’une maison de plaine à l’abri.
12 m
projection horizontale maximale d’un rampant en couverture tuile
Source : règles de mise en œuvre de la tuile canal
Deux leviers restent à la main du couvreur. L’écran de sous-toiture, d’abord : sa présence permet d’admettre une pente plus faible que la même couverture sans écran. La longueur du rampant, ensuite : un rampant court autorise une pente plus faible qu’un rampant long, à zone et situation identiques.
Ce que le PLU et l’architecte des Bâtiments de France peuvent imposer
Une déclaration préalable est obligatoire dès qu’il y a modification de l’aspect extérieur d’une construction, ce qui vise explicitement la toiture. L’instruction dure 1 mois en cas général et 2 mois en secteur protégé, avec notification écrite dans le premier mois. Source : service-public.gouv.fr, fiche F17578.
Dix-huit communes du Gard sont classées en site patrimonial remarquable : Uzès, Pont-Saint-Esprit, Sommières, Bagnols-sur-Cèze, Fourques, Aigues-Mortes, Vergèze, Villeneuve-lez-Avignon, Saint-Laurent-des-Arbres, Vézénobres, Beaucaire, Nîmes, Tharaux, Vestric-et-Candiac, Sauve, Bernis, Saint-Gilles et Montcalm. L’Occitanie en compte 133. Dans ces périmètres, l’architecte des Bâtiments de France se prononce sur la teinte, le format et le mode de pose : voir les prescriptions des Bâtiments de France.
Uzès publie officiellement les prescriptions de son secteur sauvegardé, ce qui en fait le cas le plus lisible du département. La couverture y est prescrite en tuiles canal, si possible de réemploi, dans une teinte claire, ocre claire ou paille, avec une pente comprise entre 27 % et 33 % en règle générale. Les génoises sont restaurées ou refaites au modèle. Un seul châssis de toit de type tabatière est admis, de 0,60 × 0,80 m au maximum, non visible depuis l’espace public.
Le même document interdit les tuiles mécaniques, les romanes-canal, les teintes rouge ou rosé, les lucarnes rampantes, les chiens assis, les terrasses tropéziennes, les capteurs solaires et les climatiseurs en toiture. Ces règles valent pour Uzès et pour elle seule. Elles expliquent l’importance prise localement par le tri des tuiles anciennes, sujet traité dans tuiles de réemploi ou tuiles neuves vieillies.
À retenir
Dans le Gard et l’Hérault, le choix d’une tuile se fait dans cet ordre : règlement d’urbanisme de la commune, pente et longueur du rampant relevées sur place, situation d’exposition au sens des DTU, puis esthétique. Une déclaration préalable est obligatoire dès que l’aspect extérieur change, et 18 communes gardoises ajoutent l’avis des Bâtiments de France.
MJ Rénovation Toiture relève la pente, la longueur des rampants et le règlement applicable à votre commune avant de proposer un modèle de tuile : demandez une visite pour faire trancher la question sur votre toiture.