Quels sont les trois modes de pose de la tuile canal ?
La tuile canal se pose de trois manières : en bain de mortier, sur crochets, ou sur liteaux avec des tuiles de courant à tenon. Le NF P 31-201-1, référencé NF DTU 40.22, admet ces trois familles de mise en œuvre et renvoie le choix à la pente du versant et à l’exposition au vent.
Le principe de couverture, lui, ne change pas d’un mode de pose à l’autre. Les tuiles de courant sont posées en creux et conduisent l’eau vers l’égout. Les tuiles de couvert sont posées retournées par-dessus, à cheval sur deux courants voisins, et renvoient l’eau dans le canal. C’est ce recouvrement croisé qui met la toiture hors d’eau.
Définition
Une couverture en tuile canal est un système de rejet d’eau, pas une étanchéité. Aucune membrane n’arrête l’eau : elle est renvoyée de tuile en tuile jusqu’à l’égout. L’écran de sous-toiture, quand il est posé, constitue la seconde ligne de défense sous les tuiles.
Le support conditionne le mode de pose. Le NF DTU 40.22 admet des supports continus, voliges, panneaux contreplaqués, panneaux de particules ou maçonnerie, et des supports discontinus, chevrons parallèles à la pente ou liteaux perpendiculaires pour les tuiles à tenon. Le choix se fait après dépose et contrôle de l’existant, jamais sur photo.
La pose traditionnelle en bain de mortier
La pose en bain de mortier consiste à asseoir les tuiles sur des plots ou des lits de mortier en application discontinue, technique historique du bâti ancien du Languedoc. Le mortier ne fait pas étanchéité : il cale la tuile et la solidarise au support.
Ce mode de pose reste celui que privilégient les centres anciens, parce qu’il donne la ligne irrégulière et la légère ondulation qu’un couvreur reconnaît de la rue. C’est aussi lui qui permet de reposer des tuiles anciennes de réemploi, dont les tolérances dimensionnelles sont trop larges pour un liteaunage régulier.
Le point faible du mortier est sa rigidité. Un lit continu, trop dur, ne suit pas les mouvements de la charpente et de la maçonnerie, et il finit par se fendre. C’est pourquoi le DTU parle d’application discontinue, et non de tuiles noyées dans une masse.
La pose au mortier est enfin la plus lente des trois, et la plus dépendante de la météo. Elle ne se met pas en œuvre sous la pluie ni par vent fort. Cette contrainte pèse sur le planning et sur la main-d’œuvre : c’est un des postes qui expliquent le prix au m² d’une toiture en tuile canal.
La pose sur crochets
La pose sur crochets fixe mécaniquement la tuile canal au support, à l’aide de crochets en S ou de crochets à œillet qui assurent la liaison entre tuiles et la liaison au support. Le NF DTU 40.22 les admet au même titre que le mortier, les clous et les mastics.
L’intérêt du crochet est double. Il donne un ancrage franc, contrôlable à la pose, sans temps de prise. Il autorise surtout une reprise ponctuelle propre : une tuile cassée se remplace sans casser le scellement des voisines, ce qui change tout sur une toiture entretenue dans la durée.
Le crochet ne se choisit pas isolément. Sa forme, sa longueur et sa matière doivent correspondre à la géométrie de la tuile posée et au support retenu, ce qui renvoie aux préconisations du fabricant du produit. Un crochet inadapté travaille sur l’arête de la tuile et la fend à la première dilatation. Sur le littoral, la question du matériau de fixation se traite avec les prescriptions du fournisseur, produit par produit.
Le crochet est aussi la réponse technique aux situations les plus ventées. La densité de fixation exigée croît avec la zone, la situation d’exposition, la hauteur du bâtiment et la pente, et elle peut aller jusqu’à la fixation de toutes les tuiles. Le mécanisme est expliqué dans pourquoi le mistral soulève les tuiles.
La pose sur liteaux avec tuiles à tenon
La pose sur liteaux utilise des tuiles de courant munies d’un tenon, un ergot moulé qui vient accrocher le liteau et bloquer la tuile dans le sens de la pente. Le support devient discontinu, avec des liteaux perpendiculaires à la pente, et non plus un voligeage plein.
C’est le mode de pose le plus courant en réfection complète avec des tuiles neuves, parce qu’il est régulier, rapide et compatible avec un écran de sous-toiture. Il suppose en revanche des tuiles calibrées : une tuile ancienne de récupération, sans tenon et de dimensions variables, ne se pose pas sur liteaux.
20 mm
lame d’air ventilée minimale entre l’écran de sous-toiture et les tuiles à tenon sur liteaux
Source : NF P 31-201-1 / NF DTU 40.22
Cette lame d’air n’est pas un détail de finition. Sans elle, l’humidité stagne entre l’écran et la couverture, les liteaux travaillent et l’écran perd son rôle. La ventilation se complète par une entrée d’air en partie basse et une sortie au voisinage du faîtage. Les écrans souples relèvent du NF DTU 40.29.
Quel mode de pose pour quel chantier ?
Le mode de pose se choisit à partir du support existant, du produit posé et du règlement d’urbanisme applicable, pas à partir d’une préférence de principe. Sur beaucoup de chantiers du Gard, les trois techniques cohabitent sur la même toiture.
| Mode de pose | Support | Chantier concerné | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Bain de mortier | Continu, ou maçonnerie | Bâti ancien, centre historique, tuiles de réemploi | Rigidité du scellement, temps de prise, météo |
| Crochets | Continu ou discontinu | Situation exposée, forte pente, toitures à entretenir | Nature du crochet et compatibilité avec la tuile |
| Liteaux et tuiles à tenon | Discontinu | Réfection complète en tuiles neuves, avec écran | Lame d’air de 20 mm, calibrage des tuiles |
La combinaison la plus fréquente associe une pose courante sur liteaux ou sur crochets et un traitement au mortier des seuls ouvrages de finition, faîtage, arêtiers et rives, avec fixation mécanique complémentaire. Ces raccords sont visibles sur nos chantiers en tuile canal.
En centre ancien, le règlement peut restreindre le choix : la ville d’Uzès prescrit dans son secteur sauvegardé une couverture en tuiles canal, si possible de réemploi, en teinte claire, ocre claire ou paille, et interdit les tuiles mécaniques. Le mode de pose découle alors du produit imposé. Sur le choix du modèle lui-même, voir quelle tuile choisir pour une maison du Gard.
Ce que le DTU impose en matière de fixation
Quelle que soit la zone et quel que soit le mode de pose, toutes les tuiles du premier rang sont fixées à leur support, à l’égout comme en rives. C’est la règle de fixation la plus constante des couvertures en tuile, et la plus souvent négligée sur les toitures anciennes.
La raison est aérodynamique. Le vent ne pousse pas une tuile, il crée une dépression qui l’aspire par le bord libre. L’égout et les rives sont les seuls endroits où ce bord libre existe. Une fois la première tuile partie, la suivante offre une prise, et le décollement se propage en cascade sur le versant. Les rafales de mistral atteignent couramment 80 à 100 km/h dans le Gard rhodanien.
La géométrie du versant entre aussi dans l’équation. La projection horizontale d’un rampant ne dépasse pas 12 m en couverture tuile, et un rampant long réclame une pente plus élevée qu’un rampant court, à zone et situation identiques. Ces valeurs se lisent dans le DTU applicable au produit posé et dans son Avis Technique, pas dans un tableau générique : les tableaux de pentes de la tuile canal publiés en ligne se contredisent d’une source à l’autre.
Au-delà de ce premier rang, la densité de fixation exigée dépend de la zone de concomitance vent-pluie, de la situation d’exposition, de la hauteur du bâtiment et de la pente du versant. Toute construction située à moins de 5 km du rivage, du Grau-du-Roi à Agde, est en situation exposée au sens des DTU couverture, ce qui impose la densité de fixation la plus forte de sa zone.
Les faîtages et les rives suivent la même logique : tuiles spéciales scellées au mortier sur toute leur longueur, avec fixation mécanique complémentaire en zone ventée. Un faîtage simplement scellé à l’ancienne est un point de départ classique de sinistre après un coup de vent. Pour des exemples de reprise de faîtage, voir nos réalisations.
À retenir
Mortier, crochets ou liteaux, le NF DTU 40.22 admet les trois modes de pose de la tuile canal. Ce qui ne se négocie pas, c’est la fixation du premier rang à l’égout et en rives, la lame d’air de 20 mm sous les tuiles à tenon avec écran, et la fixation mécanique complémentaire des faîtages en zone ventée.
MJ Rénovation Toiture relève le support, la pente et l’exposition avant d’arrêter un mode de pose : demandez une visite pour savoir ce que votre toiture impose réellement.